mardi 15 juillet 2008

Cartes postales nippones















dimanche 22 juin 2008

Supercub

J’ai les mains qui glissent sur les touches. Je regarde Gilles qui regarde Valérie qui regarde Adam qui me regarde: c’est à nous.

Les 15 prochaines minutes sont à nous. Une foule de 400 personnes se condense au bout du tapis rouge de la scène. La langue titille l’anche pour l’humidifier avant le premier son. Ca y est elle vibre, c’est parti, faut plus se planter…

8am, je rentre chez moi chauffé par le levé du soleil, 12 heures avant le bruit de la bouteille de Cognac en backstage annonçait une longue nuit.


La plaisir de trinquer avec Thom Thom, groupe rock Franco-cambodgien, l’honneur d’essuyer un refus poli de AC&M, un vrai boys band viet supracélèbre avec groupies en arrière scène, le bonheur d’écouter Chouchen musique bretonne aux sonorités vietnamiennes, et la postérité dans le Vietnam News, journal local.

Première vraie scène, première fois que je joue à la fête de la musique, premières groupies pré pubères boutonneuses, dernière cuite au Cognac.


vendredi 20 juin 2008

Quand on aura 20 ans en l’an 2020.

J’étais bien derrière papa accrochée à sa taille. La supercub vrombissait sur Nguyen Huu Canh street, parfois elle était noyée à cause des inondations, mais c’était marrant quand il gueulait comme un buffle. Je me souviens des gros camions qui klaxonnaient fort sous la pluie de fin de journée. Tous les jours je rentrais de l’école en Ao Dai avec lui, souvent protégée sous sa cap de pluie. Il me ramenait à la maison et j’observais ma ville agitée. 30 minutes au milieu des motos, des fumets de grillades, des triporteurs et des cyclos. On rentrait vers notre petite maison verte et rose. On vivait tous ensemble avec maman, mamie et mes frères et sœurs.

Mamie était tellement ridée qu’avec ses yeux bridés on ne voyait plus son iris. On aurait dit qu’elle souriait tout le temps, mais en fait elle chiquait du bétel ce qui la faisait grimacer.

Maman partait travailler à 17h quand je rentrais : elle était « collecteuse ». Aujourd’hui son métier a disparu ; les éboueurs sont arrivés. Des fois elle ramenait des petites merveilles usagées qui trônaient à côtés de mon oreiller. Mon lit en bois était aussi celui de maman et de ma jeune sœur même si on n’avait pas besoin de se tenir chaud la nuit.

Aujourd’hui j’habite en banlieue à 30 minutes de métro du centre dans un appartement à loyer modéré. J’ai mon propre lit pas toujours propre, mon ordinateur, mon frigo, mon four à micro-onde, bref l’indispensable pour survivre avec des soupes pho déshydratées. Dans le coin de la pièce, la photo d’identité de mamie sur fond bleu ciel brille dans le mini autel des ancêtres acheté chez Big C. Papa n’est plus livreur chez Guido mais il continue de dormir sur sa moto.

Il m’arrive de penser en anglais toute la journée tellement le Vietnamien disparaît. Même dans la tête d’une petite secrétaire comme moi.

Demain est un jour très important pour mois, je vais à Nha Trang pour le concours de Miss Vietnam. Je représente Ho Chi Minh Ville, alors j’emporte mon plus belle Ao Dai ; le blanc avec des roses brodées. Ca fait un peu écolière mais le jury craque à chaque fois avec ma peau bronzée.

Dans le taxi qui m’emmène à l’aéroport je rêvasse du temps passé : la fin du parti unique en 2010, les JO d’Ho Chi Minh de 2016, la dévaluation du dong, mon premier copain français... Mais je viens de passer devant la palissade verte sur Nguyen Huu Canh et… le Manor 2 n’est toujours pas construit.

jeudi 5 juin 2008

Mon testament

Bon j'ai bientôt 27ans, il faut que je pense à mes obsèques.
Alors je lègue tous mes instruments à la fanfare Centrale de Lille (sauf le piano qui est pour Liline), à une seule et unique condition: qu'on m'enterre à la vietnamienne.

Avant-hier, il y avait un drapeau satiné accroché sur la palissade du chantier. Un drapeau multicolore: bien jaune, bien mauve et bien bleu ciel. A la tombée de la nuit, j'aperçus un second drapeau plus au fond de l'allée. Et puis j'entendis une musique qui m'appela. Cette musique je la connais très bien, jusqu'à chaque note.
Pour la première fois je l'entends ici. En un instant je ne suis plus au Vietnam mais avec Pont, Manu, So6, Tof, Romjé, A2, Don Pat, Kamarade, Zaza, Mimile, Mastersax, RV, Tintin, Frankan... et tous ceux que je ne connais même pas. Je me surprends à courir pour (re)trouver notre ambiance si festive sur l'air de Fiesta. J'en chiale presque tellement ça fait du bien.
La famille me regarde interloquée: un étranger veut assister... aux obsèques de la mamie.
Les membres proches sont enveloppés d'une tuile blanche et sur le front un bandeau blanc marqué d'un point rouge indique une coutume inconnue. Les codes culturels différent. Ils sont même complètement opposés. A un tel point que cela est choquant. Imaginez les bandhoulles animer uniquement des enterrements? Et pourtant au Vietnam, en 1 an je n'ai vu des fanfares que lors des rites funéraires. Elles jouent les mêmes airs de fête que nous, souvent mieux d'ailleurs. Les percussions sont très rythmées, pas du tout mortuaires. A présent je reconnais le titre de cette chanson: Oyé como va? Comprennent-ils les paroles? C'est émouvant par la violence de cette musique. Les cuivres forcent l'écoute, poussent l'émotion. Le show se continue par des portés d'objet appartenant au défunt à bout de menton! Table, chaises, empilement de chaises, chaise avec bambin dessus, le spectacle m'amuse, mais semble banal aux yeux avertis. Pourtant au milieu de ces musiques dansantes l'ambiance n'est pas à la fête. Les yeux sont marqués du deuil, les mines sont fatiguées de veiller le mort. Il faut rester tout près d'elle, car ici l'âme quitte le corps au bout de 25 jours.

Si par mégarde je vous quitte un peu trop tôt,
un petit Fiesta suivit de Oyé como va pour me saluer sera ma dernière volonté. (Bon pas besoin de rester à côté 21 jours, prenez 1 RTT ça suffira.)


video

Eau, Air, Terre

Nager, Rouler, Courir.
500, 40 000, 8 000.

Quelques mètres et beaucoup de calories plus loin je finis 20ème en 2h 51min.

Un triathlon, ça se prépare. Surtout quand il fait 32°C à 8h du mat. Alors comment faire pour bien se mettre en condition physique optimale à Ho Chi Minh City où on ne peut pas courir (pas de parc, pas de trottoirs, trop pollué) , pas rouler (trop dangereux), pas nager (les piscines sont trop petites et bondées)?

1/ Courir: le soir à la fraicheur de l'air conditionné, les oreilles envahis du beat provenant des haut parleurs tonitruants de la salle de sport qui pue la transpiration.

2/ Nager: essayer plusieurs piscines à plusieurs heures: éviter les petites piscines remplies de gamins et de pédophile dégueulasse qui s'amuse à capturer les mômes en faisant le monstre. Enfin il avait pas besoin de faire le monstre vu qu'il pesait un bon 120kg du haut de ses soixante ans. Le gros porc donnait des billets verts aux gamins dans le petit bassin en déposant d'affectueux bisous en signe de récompenses. L'incompréhension de la non-réaction des 4 maîtres nageur me poussa à les questionner: "c'est un habitué, il vient souvent jouer ici". "Et vous ne faîtes rien?" Pas de réponse. Donc pour nager au milieu de tout ça c'est pas idéal.

3/ Rouler: utiliser des Cyclo-pousse et mettre les chauffeurs sur les sièges. Et maintenant poussez! Voilà c'est casse-gueule, c'est ultra dangereux mais vous serez prèt pour le triathlon, puisqu'ils vous auront bien roulés en faisant quand même payer la course .

lundi 26 mai 2008

POGO

Mon voisin me dit : « Lève les bras ! C’est comme ça qu’on danse sur du hardrock ! » Lui et sa copine en escarpin assistent pour la première fois à un concert en pleine air au milieu de 3000 personnes. La foule est complètement statique sauf quelques bras qui remuent. Mais quand le chanteur, après 10 minutes passées noyer dans ses cheveux, s’approche enfin du micro et HUUURRRRLLLE ses tripes, les pré-pubères vietnamiens en quête de rebellions ne peuvent contenir leurs pulsions. Alors tous les bras se lèvent. La frénésie des poings tendus libère un instant du joug parental. Alors on gueule tout ce qu’on a dans la gorge ! …mais avec les jambes bien raides, tout est bien statique, aucune bousculade, les gens sont bien rangés avec un entraxe de 70cm par personne. Surtout pas de cohue. C’est donc une dance hardrock anti-anarchique que mon acolyte tente de m’apprendre.

Et puis je suis là, moi, hilare. Je pense qu’il est de mon devoir d’apprendre le pogo à mes camarades de danse à bras. Tout d’abord je sautille sur place en levant alternativement les mains ; « fais comme moi ! » il sautille dubitatif. Ensuite je saute suivant la pulsation, et puis je tente le contact avec les coudes en avant. « Le démon satanique du hard a investi son corps ! » pensent-ils. Il me faut une bonne heure pour provoquer un premier pogo avec une dizaine de boutonneux. Les autres ne comprennent pas. Et puis quelque chose craque. Les jambes commencent à bouger. Les racines sous les pieds de mes voisins se fissurent. La violence du rock détruit les conventions, éclate la promiscuité réglée en un chaos de contacts. On se fait pas mal, pour la première fois on se rentre dedans sans raison, avec un sourire qui excuse la sueur et la boue projetée. Une déraison passagère libératrice, un vice momentané, des douleurs expiatrices (c’est pas trop bouddhiste ça, je crois).

Et puis un journaliste immortalisa la scène, un grand merci à ses personnes qui risquent leur vie pour témoigner du présent !

Circulaire A235 Décret du 20/05/2002


Si votre secrétaire est vietnamienne et qu’elle utilise excel, si vous ne pouvez lire le vietnamien et que la circlaire A235 est primordiale, si elle parle un anglais approximatif et si elle avoue qu’elle n’est pas une lumière en math alors, soudainement vous pouvez être amené à avoir un mal de tête lancinant.

Je regarde posément les 2 pages de calculs aboutissant à son commentaire puis la fixe de mes yeux globuleux d’incompréhension. She says : « the net is 360 000 $ but the gross is special vietnam, what is the net with the gross ? » . Je commence donc à décortiquer le calcul ; donc elle a posé X = net + VAT et Y = Gross + CIT. Elle appelle Gross1 le Y+VAT et elle cherche à exprimer le net par le gross suivant cette putain de circulaire. Donc en partant du postulat qu’elle sait lire correctement le vietnamien et qu’elle interprète à sa manière le texte mais d’une manière acceptable, en posant l’hypothèse que je comprenne le but de sa requête et qu’elle parvienne à traduire assez fidèlement son problème, en analysant les 30 minutes déjà écoulées à écouter et décortiquer la signification des lettres rayées à côté des chiffres réécrits 5 fois, je peux et je suis ravi d’annoncer que, au Vietnam, le net est exprimable en fonction du gross par la formule hautement élaboré suivante : N = 0,9 x G, cqfd.

Ah ya pas à dire ça sert un ingé français.